
Quelle surprise ! Ancien
rédacteur en chef de Charlie Hebdo (dont il reste l'actionnaire majoritaire), ancien chansonnier à l'humour corrosif, ancien homme de convictions et nouvel homme de compromissions, Philippe Val est
devenu hier directeur de France Inter. Une prise de fonction qui intervient à peine plus d'un mois après celle de Jean-Luc Hees à la tête de la Maison ronde.
Cela faisait de longues semaines que son arrivée n'était plus une surprise. Elle était même devenue tellement évidente depuis sa démission de Charlie Hebdo que les postures effarouchées du premier
intéressé - qui, interrogé sur la question, s'obstinait à dire qu'il n'était au courant de rien - confinaient à l'indécence.
Cette hypocrisie dont personne n'est dupe est, en elle-même, anecdotique. Mais c'est aussi une manifestation supplémentaire de l'arrivisme de Philippe Val qui cache désormais de moins en moins son
appétit pour le pouvoir. Ces derniers mots vous rappellent quelqu'un ? Normal, Philippe Val a trouvé son modèle ultime... et Sarkozy a trouvé un nouveau Val(et). Ne dit-on que les toutous
ressemblent à leurs maîtres ? À moins que ce ne soit le contraire...
Malgré les apparences, ces deux-là se sont bien trouvés. Et ça ne date pas d'hier... il paraît même que Nicolas 1er a fait son choix au moment du procès des caricatures de Mahomet. Avant la
nomination de Jean-Luc Hees, avant même l'annonce de la reprise en main de l'audiovisuel public par le chef de l'État. De là à penser que le choix de Jean-Luc Hees s'est fait en fonction de celui
de Philippe Val et non l'inverse, il n'y a qu'un pas que je franchis allègrement.
Qui mieux que Philippe Val pouvait servir de courroie de transmission entre Sarko 1er et France Inter ? Étiqueté à gauche, jusque là rédacteur en chef d'un canard satirique, il est la caution
idéale. Après les ministres d'ouverture, Sarko expérimente les patrons d'ouverture. « Regardez, je ne suis pas un despote. Certes je nomme directement les patrons de l'audiovisuel public, mais
je choisis des personnes réputées pour leur liberté d'expression ». Cette fameuse liberté d'expression, Philippe Val en est devenu un symbole pour le grand public justement lors du procès des
caricatures de Mahomet. Mais ceux qui connaissent un tant soit peu l'oiseau savent bien qu'il ne défend que sa propre liberté d'expression. Ses idées sont les meilleures et tous ceux qui disent le
contraire sont des cons. Ses idées qui sont pourtant loin d'être brillantes. Dans l'affaire des caricatures de Mahomet justement, on a toujours du mal à savoir aujourd'hui s'il a choisi de publier
ces dessins pour faire un coup médiatique, pour affirmer l'absolutisme de la liberté d'expression ou pour taper sur les musulmans qui, tout le monde le sait, sont tous antisémites. Arabes,
musulmans, islamistes, antisémites, terroristes... le glissement sémantique du général vers le particulier est une des grandes constantes dans le discours de Philippe Val, à l'instar d'un
Finkielkraut.
Que donneront ses raccourcis et ses méthodes de travail dans une maison comme France Inter ? De l'avis général, Philippe Val ne va pas bouleverser la grille des programmes, ni virer des poids
lourds de l'antenne. Il s'apprêterait à opérer par petites touches, de ci de là. Tout le monde se doute, et lui le premier, qu'il ne peut pas agir de manière frontale sous peine de se mettre toute
la station (et ses fidèles auditeurs) à dos. Mais un animateur ou un humoriste gênant n'a pas besoin d'être viré pour disparaître, une savante reprogrammation de son temps d'antenne et/ou de sa
place dans la grille peut suffire. Pire, la simple présence de Philippe Val dans la Maison ronde risque d'avoir des conséquences sur le travail des journalistes. Nul besoin d'installer des outils
de censure lorsque le spectre rampant de l'auto-censure est déjà à l'œuvre. Et pour s'assurer que le message subliminal a bien été reçu, rien de tel qu'une petite mise au point du patron de Radio
France directement à l'antenne !