Présentation

  • : Le blog critique sur France Inter
  • franceinter
  • : Coups de cœur ou coups de gueule, critiques acerbes ou déclarations d'amour, un regard forcément subjectif sur France Inter, la radio qui m'accompagne au quotidien. Accessoirement, cet espace est aussi le réceptacle de mes colères politiques.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Liens

Vendredi 5 juin 2009
Enfin libre. Le 28 mai dernier, Julien Coupat quitte la prison de la Santé après y avoir passé plus de six mois. La nouvelle fait la Une de toute la presse qui se demande en chœur s'il est bien raisonnable de libérer ainsi un individu qui reste mis en examen sous le chef d'inculpation de « direction d'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ». Ou bien y aurait-il eu léger emballement de l'appareil judiciaire dans cette affaire ...?

Résumons. À l'automne dernier, plusieurs sabotages ont lieu sur des lignes SNCF. Des fers à béton sont placées sur des caténaires, empêchant les trains de rouler. Les vaches commencent à s'ennuyer, des mesures drastiques s'imposent : patrouilles nocturnes, filatures et opération commando au petit matin dans le petit village de Tarnac qui va pouvoir organiser, dès cet été, une visite guidée empruntant les mêmes chemins que les hommes du GIGN.
Grâce à une enquête minutieuse, une bande de dangereux terroristes ci-après désignés 'anarcho-autonomes de l'ultra-gauche' - formule d'autant plus effrayante qu'elle est incompréhensible - est mise hors d'état de nuire. Sur place, la ministre de l'Intérieur en personne a fait le déplacement pour se féliciter de ce coup d'éclat. Évidemment les caméras sont conviées, tout le pays doit savoir que les vaches ne risquent désormais plus de voir un train à l'arrêt. La France pousse un Meuhhh de soulagement.

Je ne reviens pas sur l'ineptie de cette démonstration de force qui n'a d'égale que la bêtise d'un gouvernement qui espère qu'agiter le chiffon rouge du terrorisme suffira à distraire la plèbe des réalités politiques. Pour être un des instruments du pouvoir les plus efficaces, la peur n'en est pas moins le plus détestable.

Aujourd'hui Julien Coupat est donc libre, bien que toujours sous le coup d'un contrôle judiciaire l'empêchant de regagner son repaire corrézien. On ne saurait être trop prudent... des fois qu'il profiterait de sa liberté retrouvée pour confectionner des pièges à cons. Libre par la grâce d'un revirement politique. Car cette histoire l'est bel et bien. À chaque fois que sa remise en liberté a été demandée, le Parquet s'y est opposé. Le Parquet, c'est à dire le Procureur de la République placé sous l'autorité directe de la Garde des Sceaux. Impensable pour le gouvernement de libérer le dernier des neufs anarcho-autonomes encore embastillés sous peine de voir son opération commando passée à la postérité comme un des sommets du grand-guignol. Le même Procureur ne s'est cette fois pas opposé à la libération du dangereux subversif, notamment soupçonné d'être l'auteur de « L'insurrection qui vient ». Un livre, ma bonne dame ! Vous vous rendez compte ? Un mélange de pensées, d'encre et de papier qui, subtilement dosé, devient un cocktail menaçant la nation toute entière !

Alors qu'est-ce qui a changé ?

Rien, ou presque. Le dossier semble toujours aussi vide et Michèle Alliot-Marie ne peut même pas faire mine de le découvrir. Ce qui a changé, c'est tout simplement le temps politique. Durant des mois, le gouvernement s'est acharné à faire de Julien Coupat le bouc-émissaire parfait. À défaut d'en trouver un à ses portes, le gouvernement avait choisi de désigner un ennemi de l'intérieur. Mais la réaction populaire escomptée n'est pas venue. Pas de panique collective, pas de parano du mécano, même pas le plus petit début de colère populaire contre ces dangereux terroristes de l'ultra-gauche. « Caramba, encore raté ! »

Aussi embarrassant cela soit-il, il devenait urgent de lâcher du lest sous peine de devenir suspect d'acharnement politique. À quelques jours des élections européennes, cette image aurait fait tache. Ces mêmes élections qui expliquent que l'opposition se mette tout à coup à matraquer le gouvernement sur ce sujet, Montebourg allant jusqu'à réclamer la démission de Michèle Alliot-Marie, alors que rares avaient jusque là été les hommes et femmes politiques à s'émouvoir du sort de Julien Coupat. Interrogée sur le sujet il y a quelques semaines de cela, Ségolène Royal était même allée jusqu'à refuser de se prononcer sur le sujet au motif qu'elle n'en connaissait pas tous les tenants et aboutissants. Pas folle la guêpe ! Pas question de prendre position sur un sujet avant de savoir de quel côté souffle le vent de l'opinion. Le vent, ou plutôt la bise. Car dans cette affaire, le peuple de France n'a guère été plus reluisant que ceux qui se prétendent ses représentants. Certes le lynchage médiatico-politique n'a jamais pris, mais la mobilisation pour s'opposer à cette tartufferie a été bien maigre. Encore une fois, il ne s'agissait pas de se prononcer sur la culpabilité de Julien Coupat et de ses « sbires » (qui soit dit en passant, reste à établir) mais de dénoncer la disproportion des mesures judiciaires et l'abus de langage qui fait passer la dégradation de biens publics pour du terrorisme.

La dénonciation des dérives du pouvoir politique incombe à chaque citoyen. Sur ce coup-là, nous n'avons pas été à la hauteur. Alors à l'avenir, VIGILANCE !
Par Rémi - Publié dans : Bord Cadre
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus